Animation 06 - Le goûter du Chapelier
Le thé a toujours un prix
Le temps semble avoir repris sa marche après l’étrange parenthèse du goûter, même si, dans cet endroit, tu commences à te demander si le temps a réellement existé de façon normale un jour.
Vous avez quitté la table depuis un moment déjà, laissant derrière vous les tasses dépareillées, les pâtisseries aux formes absurdes et les volutes de vapeur qui s’élevaient encore dans les airs comme si elles refusaient d’abandonner leur danse silencieuse.
Le décor, lui, a changé une fois encore.
Autour de vous s’étend désormais une succession de chemins aux courbes impossibles, bordés de haies aux formes étrangement parfaites et de fleurs dont les pétales changent doucement de couleur lorsque ton regard s’attarde un peu trop longtemps sur elles. Plus loin, des montres suspendues flottent entre les branches des arbres, oscillant lentement sans qu’aucun mécanisme visible ne semble les maintenir en mouvement.
Et malgré tout cela…
Malgré l’absurdité tranquille de ce monde et les règles qui paraissent se réécrire au fil de vos pas…
Quelque chose attire progressivement ton attention.
Ou plutôt quelqu’un.
Depuis que Nevra a bu cette étrange fiole, tu n’as cessé de l’observer discrètement, cherchant inconsciemment le moindre détail qui pourrait confirmer ton inquiétude. Pourtant, à première vue, rien n’a changé.
Il marche devant toi avec son calme habituel, les mains glissées dans ses poches, son regard balayant les environs avec cette même assurance que tu lui connais.
Rien d’étrange.
Rien d’anormal.
Du moins…
C’est ce que tu pensais.
Un léger mouvement attire ton regard au détour d’un chemin.
Un petit lapin, vêtu d’un gilet bleu parfaitement ajusté, traverse rapidement devant vous avant de ralentir brusquement en arrivant à hauteur de Nevra.
Il s’arrête.
Lève lentement la tête.
Le regarde quelques secondes avec une attention presque étrange.
Puis, contre toute logique, il s’incline profondément devant lui avant de reprendre sa route comme si rien ne venait de se passer.
Tu clignes des yeux.
Une fois.
Puis deux.
Ton regard suit le lapin jusqu’à ce qu’il disparaisse derrière une haie avant de revenir immédiatement sur Nevra.
- « …Tu as vu ça ? »
Nevra tourne légèrement la tête vers toi, visiblement surpris par le ton de ta voix.
- « Vu quoi ? »
Tu le fixes quelques secondes, cherchant presque à déterminer s’il est sérieux.
- « Le lapin. »
Un léger froncement apparaît sur son visage.
- « Quel lapin ? »
Tu restes silencieuse une seconde.
Puis deux.
- « Celui qui vient littéralement de s’arrêter devant toi avant de te saluer. »
Il soutient ton regard quelques instants avant de hausser légèrement les épaules et de reprendre sa marche.
- « Je crois que tu commences à trop t’habituer aux règles de cet endroit. »
Tu ouvres la bouche pour protester.
Puis tu t’arrêtes.
Parce qu’un deuxième lapin vient de passer.
Puis un troisième.
Et cette fois-ci, il ne s’agit plus d’une coïncidence.
L’un d’eux s’écarte presque immédiatement de votre chemin dès qu’il aperçoit Nevra. Un autre relève sa montre à gousset avant de jeter un regard surpris dans sa direction. Plus loin encore, deux lapins interrompent leur conversation à votre passage, leurs oreilles se redressant légèrement avant qu’ils n’échangent quelques mots à voix basse.
Des mots que tu n’arrives pas complètement à entendre.
Mais suffisamment pour en saisir quelques fragments.
- « ...Déjà ? »
« Je pensais qu’il faudrait davantage de temps... »
Ton regard remonte lentement vers Nevra.
Cette fois-ci, même lui semble avoir remarqué quelque chose.
Son expression change légèrement tandis que ses yeux suivent les silhouettes qui s’éloignent autour de vous.
- « ...D’accord. »
Il finit par ralentir.
- « Là, je reconnais que ça devient étrange. »
Une voix s’élève alors derrière vous.
Calme.
Légère.
Et beaucoup trop amusée.
- « Étrange ? »
Ton cœur manque presque un battement lorsque tu te retournes brusquement.
Le Chapelier est assis sur une barrière un peu plus loin, une tasse de thé entre les doigts, balançant tranquillement ses jambes dans le vide comme s’il avait toujours été là.
Comme si vous étiez simplement les derniers à l’avoir remarqué.
Son sourire s’étire légèrement lorsqu’il croise le regard de Nevra.
- « Je trouve ça plutôt adorable, personnellement. »
Nevra le fixe immédiatement.
- « Qu’est-ce que tu veux dire par là ? »
Le Chapelier incline lentement la tête, comme surpris par cette question.
Puis son regard glisse vers les lapins dispersés autour de vous.
Vers Nevra.
Puis à nouveau vers les lapins.
Un sourire amusé réapparaît doucement au coin de ses lèvres.
- « Oh… rien de très important. »
Il porte sa tasse à ses lèvres avant d’ajouter presque distraitement :
- « Ils reconnaissent simplement les leurs un peu plus vite que les humains. »
Puis il boit tranquillement son thé.
Comme s’il n’avait absolument rien dit d’inquiétant.
Fin
Animation 07 - La marque du Lapin
Tout allait bien... jusqu'aux oreilles !
Le silence qui suit semble presque irréel, comme si le monde lui-même avait décidé de suspendre sa respiration quelques secondes de plus afin de savourer cette scène jusqu’au bout.
Autour de vous, pourtant, rien ne paraît perturbé par ce qui vient de se produire. Les tasses continuent de s’entrechoquer doucement contre leurs soucoupes dans une mélodie légère et régulière, les lapins élégamment vêtus poursuivent leurs allées et venues avec une application presque absurde, portant des plateaux remplis de pâtisseries colorées ou ajustant soigneusement des décorations dont tu ne comprends même plus l’utilité, tandis qu’au-dessus des tables, plusieurs montres flottantes oscillent lentement dans les airs comme si elles répondaient à une mécanique que ce monde est seul à comprendre.
Comme si tout cela était normal.
Comme si Nevra n’était pas assis devant toi avec deux longues oreilles dépassant désormais très clairement de ses cheveux.
Comme si cette situation n’avait absolument rien d’étrange.
Ton regard remonte malgré toi une nouvelle fois vers lui avant de redescendre presque immédiatement, comme si ton esprit refusait encore d’associer l’image que tu as sous les yeux à quelque chose de réel. Une part de toi continue d’attendre ce moment où l’illusion disparaîtra brusquement, où tout reprendra son apparence habituelle et où tu réaliseras que ce n’était qu’un effet étrange de ce monde.
Mais rien ne change.
Et Nevra non plus.
Enfin... presque.
Parce que lui est complètement immobile.
Son expression est parfaitement figée, tellement maîtrisée qu’elle en devient presque suspecte. Tu le connais suffisamment pour reconnaître cette attitude particulière ; celle qu’il adopte lorsqu’il essaie désespérément de garder une apparence calme alors que son esprit est encore occupé à traiter une information qu’il n’avait absolument pas prévue.
Très lentement, il lève une main vers le haut de sa tête avec une prudence presque ridicule, comme quelqu’un qui s’attend à découvrir quelque chose de dangereux. Ses doigts rencontrent à nouveau les oreilles, s’y arrêtent une seconde, les suivent doucement jusqu’à leur extrémité avant qu’il ne les relâche sans dire un mot.
Son regard reste fixe devant lui.
Puis :
- « ...Je refuse cette réalité. »
La phrase est prononcée avec un sérieux si parfait qu’elle manque presque de te faire douter pendant une fraction de seconde.
Presque.
Parce qu’en relevant les yeux vers lui une nouvelle fois, quelque chose attire immédiatement ton attention.
Une des oreilles vient de bouger.
Très légèrement.
Un simple mouvement discret.
Puis une deuxième fois.
Et cette fois-ci, tu en es certaine.
Ton regard reste figé dessus un peu plus longtemps que nécessaire.
Beaucoup plus longtemps que nécessaire.
Tu sens déjà quelque chose devenir dangereusement difficile à contrôler à l’intérieur de toi.
Non.
Pas maintenant.
Surtout pas maintenant.
Parce qu’au fond, une petite partie parfaitement raisonnable de ton esprit sait que tu devrais probablement être inquiète pour lui, que cette situation reste tout de même particulièrement étrange et qu’il serait sans doute préférable de réagir avec un minimum de sérieux.
Mais une autre partie de toi vient d’observer Nevra, Nevra, avec des oreilles de lapin qui viennent de bouger toutes seules.
Et cette partie-là est beaucoup moins coopérative.
Tu détournes légèrement le regard en pinçant les lèvres dans une tentative désespérée de reprendre le contrôle de ton expression.
Très mauvaise idée.
Parce qu’au même instant, le reflet déformé de la théière posée près de vous attire ton attention.
Et dans ce reflet, tu aperçois très clairement ton propre visage.
Tu aperçois aussi ce sourire qui commence déjà à apparaître.
Oh non.
Non non non.
Pas ça.
Pas devant lui.
Surtout pas devant lui.
« ... »
Le silence s’installe une seconde.
Puis une deuxième.
Puis, très lentement, tu sens le regard de Nevra se poser sur toi.
Tu n’as même pas besoin de tourner la tête pour le savoir.
Tu le sens.
Et lorsque tu oses finalement relever les yeux vers lui, il te fixe déjà avec une expression étrangement calme.
Beaucoup trop calme.
Ses yeux se plissent légèrement.
- « Tu souris. »
Tu prends immédiatement une inspiration parfaitement maîtrisée.
- « Pas du tout. »
Il continue de te regarder sans détourner les yeux.
- « Tu souris. »
- « Absolument pas. »
- « Tu évites de me regarder. »
- « J’observe les alentours. »
- « Tu trembles. »
- « Il fait froid. »
Son regard glisse lentement autour de vous avant de revenir vers toi.
Vers le soleil qui éclaire le goûter sans fin.
Vers les théières fumantes.
Vers les lapins qui passent avec des plateaux remplis de boissons chaudes.
Puis à nouveau vers toi.
- « Nous sommes littéralement assis au milieu d’un goûter en plein soleil. »
Tu ouvres la bouche.
Puis la refermes immédiatement.
Parce qu’au même instant—
Les oreilles se redressent brusquement.
Puis pivotent légèrement dans ta direction.
...
Le silence dure exactement une seconde.
Puis deux.
Et c’est terminé.
Parce que cette fois, malgré tous tes efforts, malgré toute la dignité que tu essaies encore de sauver quelque part au fond de toi...
Tu éclates de rire.
Et à l’expression qui apparaît lentement sur le visage de Nevra, tu comprends immédiatement une chose :
Il n’oubliera jamais ce moment.
Jamais.
Le rire finit par redescendre, lentement, comme une vague qui refuse de s’éteindre complètement, laissant encore quelques éclats dans ta respiration et dans l’air autour de vous.
Nevra, lui, ne bouge plus.
Il reste parfaitement droit, les bras croisés, le regard fixé quelque part entre toi et le vide, comme s’il tentait de retrouver un semblant de contrôle sur une situation qui lui échappe totalement depuis déjà beaucoup trop longtemps. Même ses oreilles semblent s’être calmées, légèrement inclinées vers l’arrière, comme si elles partageaient elles aussi une forme de résignation silencieuse.
Le silence qui s’installe ensuite n’est pas lourd.
Il est étrange.
Presque organisé.
Comme si ce monde attendait simplement que quelqu’un décide que la scène est terminée.
Nevra inspire lentement.
Puis expire.
Très lentement.
- « …Très bien. »
Sa voix est plus posée maintenant.
Moins dans la lutte.
Plus dans l’acceptation contrainte.
Il tourne légèrement la tête vers toi, et cette fois, il n’y a plus vraiment de reproche dans son regard, seulement cette lucidité un peu sèche de quelqu’un qui vient de comprendre qu’il n’a aucun contrôle sur les règles du jeu.
- « Tu as fini de rire ? »
Tu prends une inspiration, encore un peu instable.
- « Oui. »
Une pause.
Une oreille bouge.
Tu détournes immédiatement le regard.
Erreur.
Tu sens ton sourire revenir dangereusement.
Nevra ferme brièvement les yeux.
- « …Je déteste cet endroit. »
C’est dit avec une sincérité absolue.
Et quelque part, c’est probablement la première chose totalement honnête qu’il exprime depuis le début de cette scène.
Derrière vous, une voix légère s’élève, comme si elle attendait exactement ce moment-là.
- « Oh, mais c’est un bon début. »
Le Chapelier est là, bien sûr.
Installé sur le bord d’une table comme s’il avait toujours fait partie du décor, une tasse encore fumante entre les mains, observant la scène avec ce même sourire satisfait, presque attendri.
Il incline légèrement la tête vers Nevra.
- « Le déni est la première étape. »
Nevra le fixe.
Longuement.
- « Et la deuxième ? »
Le Chapelier sourit encore plus.
- « L’adaptation. »
Un silence.
Puis Nevra détourne légèrement le regard, comme s’il refusait déjà cette idée.
- « Mauvaise réponse. »
Tu laisses échapper un petit souffle, encore un peu amusé malgré toi, mais cette fois plus doux, plus calme aussi, comme si quelque chose venait de retomber naturellement à sa place.
Le Chapelier, lui, se redresse légèrement, tapotant sa tasse du bout des doigts avant de la reposer avec soin.
Son regard glisse une dernière fois sur Nevra, puis sur toi.
Et il sourit.
Mais différemment.
Moins joueur.
Plus satisfait.
- « Vous devriez partir maintenant. »
Tu clignes des yeux.
- « Pardon ? »
« Le goûter est terminé. »
Autour de vous, presque immédiatement, quelque chose change.
Les lapins cessent progressivement leurs mouvements, comme si leur rôle venait de s’achever. Les tasses se stabilisent. Les montres suspendues ralentissent leur oscillation. Même la lumière semble se replier doucement sur elle-même, comme un rideau qu’on referme sans bruit.
Nevra observe le phénomène en silence.
Puis ses oreilles bougent légèrement, comme réagissant à quelque chose que toi tu ne perçois pas encore.
Il tourne lentement la tête vers toi.
- « …On dirait que ça s’arrête. »
Tu hoches doucement la tête.
- « Oui. »
Une pause.
Puis, plus bas :
- « Et tu vas survivre à ça. »
Il te lance un regard.
Un vrai.
Cette fois, sans ironie.
- « J’ai survécu à pire. »
Silence.
Le Chapelier vous observe encore une seconde, puis incline légèrement son chapeau invisible, comme une forme de conclusion silencieuse que lui seul comprend vraiment.
- « À bientôt, Nevra. »
Une dernière oreille bouge.
Puis tout se dissout.
Pas brutalement.
Pas violemment.
Plutôt comme un souvenir qui accepte enfin de redevenir un souvenir.
Et lorsqu’un instant plus tard, vous retrouvez un chemin stable sous vos pieds, loin du goûter impossible et de ses règles absurdes, il ne reste qu’un détail pour prouver que tout cela a vraiment existé.
Le silence.
Et Nevra, qui murmure très calmement :
- « …Si quelqu’un en parle, je nie. »
Le retour à Eldarya se fait presque sans heurt, comme si le passage entre ce monde étrange et la réalité s’était refermé derrière vous avec une douceur trompeuse, laissant simplement dans l’air une impression résiduelle de quelque chose d’absurde qui aurait pu n’être qu’un rêve particulièrement tenace.
Lorsque tu reprends pleinement conscience de ton environnement, les repères familiers du Q.G. reprennent lentement leur place autour de toi, avec leurs sons habituels, leurs présences connues et cette stabilité rassurante qui contraste violemment avec le goûter irréel que vous venez de quitter, au point que ton esprit met encore quelques secondes à accepter que tout est bien terminé.
À côté de toi, Nevra reste immobile un instant de plus, comme s’il vérifiait silencieusement que plus rien ne bouge sans logique, que plus aucune tasse ne flotte dans les airs et qu’aucune paire d’oreilles indésirables ne dépasse encore de son crâne, avant de laisser enfin s’échapper une respiration lente et contrôlée qui ressemble presque à une victoire sur quelque chose d’invisible.
- « …Je suis revenu », finit-il par dire d’une voix posée, davantage comme un constat qu’une véritable question, et il y a dans son ton une retenue qui laisse deviner qu’il préfère ne pas analyser trop en détail ce qu’il vient de vivre.
Tu le regardes un instant sans répondre, laissant ton regard glisser sur lui avec une lenteur volontaire, comme si tu évaluais encore mentalement la scène précédente, et il ne faut pas longtemps pour que cette simple observation fasse déjà apparaître sur son visage une suspicion immédiate, comme s’il anticipait très clairement ce qui allait suivre.
- « Ne commence pas », dit-il aussitôt, sans même attendre que tu ouvres la bouche, et sa voix, bien que calme, porte déjà cette nuance de menace tranquille qui chez lui signifie généralement qu’il sait parfaitement ce que tu es sur le point de faire.
Mais tu ne réponds pas tout de suite, te contentant de garder ce silence un peu trop long, un peu trop volontaire, celui qui, à lui seul, suffit à faire naître une tension parfaitement ridicule entre vous deux, avant que tu ne laisses finalement un sourire t’échapper malgré toi.
- « Je ne vois absolument pas de quoi tu parles », souffles-tu alors avec un sérieux exagéré, comme si toute cette situation ne venait pas de passer les dernières minutes de ton existence à défier toute logique connue, et Nevra ferme brièvement les yeux, comme pour rassembler une patience qui semble déjà sérieusement entamée.
- « Tu es en train de sourire », reprend-il simplement, sans lever la voix, mais avec cette précision fatale de quelqu’un qui refuse de perdre ce combat-là.
Et c’est précisément à cet instant que la situation bascule définitivement, parce que malgré tous tes efforts pour conserver une dignité minimale, malgré la volonté évidente de ne pas en rajouter, l’image de Nevra avec des oreilles de lapin parfaitement réelles s’impose à nouveau à ton esprit avec une clarté absolument insupportable, et tu comprends immédiatement que c’est terminé.
Tu laisses échapper un souffle, puis un second, avant que ton sérieux ne cède complètement, non pas de manière brutale mais comme quelque chose qui se fissure lentement jusqu’à ne plus pouvoir tenir, et Nevra te fixe immédiatement avec un regard qui annonce clairement qu’il n’oubliera jamais ce moment, même si le reste du monde décide de faire semblant.
C’est à ce moment précis qu’une voix traînante s’élève derrière vous, parfaitement placée, parfaitement inattendue, et surtout parfaitement capable de rendre la situation encore pire.
- « …Est-ce que quelqu’un peut m’expliquer pourquoi vous avez tous les deux l’air d’avoir survécu à quelque chose de personnellement humiliant ? »
Ezarel.
Appuyé non loin, bras croisés, regard déjà mi-suspicieux mi-exaspéré, il vous observe avec cette expression qui semble toujours osciller entre l’ennui profond et la certitude que le monde entier complote pour l’agacer, et son regard passe lentement de toi à Nevra avant de s’arrêter un peu trop longtemps sur ce dernier.
Un silence s’installe.
Très court.
Mais suffisant.
Puis un léger sourire en coin apparaît sur son visage.
- « …Je suis sûr que je vais regretter de poser la question, mais allez-y, surprenez-moi. »
Nevra, lui, ne bouge pas, et pendant une seconde entière il semble envisager toutes les façons possibles de sortir de cette situation sans y laisser son reste de dignité, avant de se contenter d’un simple regard en biais vers toi qui signifie très clairement que tu as intérêt à ne rien dire.
Mais évidemment, il est déjà trop tard.
Parce que tu souris encore.
Et Ezarel le voit.
Très bien.
Fin